Description

Pourquoi les gens sont-ils tellement portés à croire que l’exécution intelligente d’une opération quelconque doit comporter deux processus, l’un pratique et l’autre théorique ? Cette interrogation qui suppose que dans chaque action à lieu un processus en parallèle qui se déroule à l’intérieur, est une des composantes de ce qu’on appelle le mythe des processus mentaux (cf. les débats sur la cognition). Le partage fondamental entre l’intérieur et l’extérieur, qui s’instaure à partir de la philosophie cartésienne, a fait naître cette idée d’une intériorité mentale, et a contribué à l’instauration du concept moderne d’esprit.


La tradition phénoménologique a contribué à mettre en question une théorie de la connaissance et de l’action, qui remontait au cartésianisme, qui fut thématisée par Kant, et que l’on peut appeler le « réalisme cognitif ». C’est l’idée d’un esprit isolé dans sa boîte crânienne, recevant des informations sur le monde extérieur par le biais du corps et traitant ensuite ses informations de façon à donner des instructions en retour au corps, pour agir sur ce monde. Donc un dualisme du corps et de l’esprit dans lequel le corps a un rôle ancillaire et qui néglige le fait qu’il est à la fois en moi et dans le monde, qu’il est un instrument de connaissance au même titre que le cerveau. Ce dualisme est devenu le sens commun de notre anthropologie en tant qu’occidentaux modernes.


Il s’agit donc de contribuer à cerner les conditions théoriques d’une compréhension de l’activité de pensée/agir au-delà de l’opposition classique de l’intérieur et de l’extérieur, mais également à distance de toute tentative de localisation cérébrale du mental. En adoptant ce genre d’attitude abstraite, désincarnée, la réflexion reste prisonnière d’un point de vue très spécifique, chargé de présupposés, qui sont d’autant plus envahissants que ce point de vue est ignorant de lui-même. Car si l’on pousse cette thèse avec rigueur, cette conception de  la relation corps-esprit rend l’interaction inconcevable et pose donc un problème délicat : comment des entités radicalement différentes  – le mental ou l’esprit, d’une part, et le corps physique de l’autre - peuvent-elles interagir causalement entre elles ? L’esprit n’est rien sans le corps ! En réaction, le pragmatisme tente d’argumenter comment les deux « composantes » de la pensée sont imbriquées dès que le processus d’adaptation est réalisé à l’aide de moyens médiateurs (artefacts ?) à caractère social.

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Merci à Philippe Fleurance!
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