Description

Le concept de communication est indissociable des concepts d’information et de sens.


L’information est à la fois signe et sens :


L’information est un signe (ou signal)

Claude Shannon a établi en 1948 pour la Compagnie Bell Téléphone sa fameuse « théorie mathématique de la communication ». C’est une théorie des signes. Shannon étudie les éléments qui peuvent être transmis par un signal ou une combinaison de signaux. Il définit la quantité d’information comme un nombre de choix binaires.




L’information est l’ensemble des signes, des symboles, des données, des messages que l’on peut concevoir, émettre, transporter, recevoir, interpréter.

Les signes ou signaux utilisés pour véhiculer l’information peuvent être eux-mêmes désignés (« signifiés ») en tant que symboles. L’étude des signifiés ou systèmes de signes (langues, codes, etc.) est l’objet de la sémiologie.


L’information est une production de sens (ou signification)

Mais l’information est en même temps la transformation de la connaissance qu’elle produit chez le récepteur. Au sens étymologique, « in-former » signifie « donner une forme », à l’image du sculpteur qui crée une forme à partir de l’informe.

Pour qu’une information prenne une signification aux yeux d’un récepteur, il faut que le signifiant (les données) ne soit pas qu’un contenant vide. Il faut que le récepteur donne du sens à cette information.

En même temps que signe, l’information est donc aussi cette « forme », cette impression, ce désir d’action, qu’elle engendre chez le récepteur. Le récepteur, en élaborant le sens qu’il donne au signe, incorpore sa subjectivité dans l’information.


Norbert Wiener, le père de la cybernétique, écrivait : « L’information est le nom du contenu de notre échange avec le monde extérieur pendant que nous nous ajustons à celui-ci et que nous lui faisons subir le processus de cette adaptation ».

Le concept de feed-back (rétro-action) élaboré par Wiener désigne le fait qu’un dispositif ou un être vivant peut ajuster son comportement en fonction de l’analyse qu’il fait des effets de son action. Ce principe de feed-back est à la base des comportements d’apprentissage par essais-ajustements.


La définition de l’information donnée par Wiener marque un tournant et une avancée par rapport à celle de Shannon et à la théorie des signes. Elle établit une causalité circulaire entre le signe et le sens. Cette idée de récursivité sera largement développée par Heinz von Foerster dans sa « théorie de l’ordre à partir du bruit ». De l’information comportant du sens peut se créer à partir du « bruit » (au sens où l’entendent les cybernéticiens d’un signe dépourvu a priori de sens et apparaissant par hasard). Edgar Morin a une formule saisissante pour illustrer cette création de sens à partir du hasard à propos de la poignée d’hommes qui accompagnaient Christophe Colomb : « Ils croyaient découvrir l’Inde et c’est l’Amérique qu’ils ont découverte ! ». Les incertitudes de la navigation de l’époque leur font rater l’Inde, mais, bien mieux que l’Inde déjà connue, c’est un continent nouveau qui s’ouvre à eux.

L’information considérée seulement comme un signe ne secrète jamais de sens par elle-même, de même que la terre brute du sculpteur reste amorphe tant que celui-ci ne lui a pas imprimé son génie.


Selon Francisco Varela, le désir de construire des significations, de produire du sens, est la passion la plus fondamentale de l’homme, insérée dans les structures même de la vie. L’élément clé de la structuration biologique des individus est le couplage permanent entre l’action et la perception. C’est cette boucle sensori-motrice qui permet l’émergence de significations : l’action suscite les perceptions qui en retour guident l’action. Nos perceptions ne sont pas un miroir de la réalité, mais la construction d’une signification déclenchée par l’action et nourrie par les connaissances acquises par l’expérience antérieure. « Tout ce que nous pensons est le fruit de notre histoire », dit F. Varela.



La communication : transférer des signes ou construire du sens partagé ?

Selon que l’on conçoit l’information simplement comme des signes, ou comme construction de significations, la définition du concept de communication est radicalement différente.

Dans la première acception, la communication s‘entend comme le fonctionnement des techniques et des médias qui assurent le transfert des signes.

Dans le seconde acception, la communication est le processus par lequel des personnes ou des groupes humains échangent leurs perceptions, se questionnent, explorent leurs contextes, comprennent leurs intentions, conjuguent leurs interprétations, expriment leurs projets, coordonnent leurs comportements et leurs actions.

Cette communication-là est ce qui donne existence à une communauté humaine, à une société. Sans communication, une société n’est pas société.


Organiser la communication : une responsabilité éthique et sociétale

Norbert Wiener écrivait : « la communication est le ciment de la société et ceux dont le travail consiste à maintenir libres les voies de la communication sont ceux-là mêmes dont dépend surtout la perpétuité ou bien la chute de notre civilisation ».

En clair, les hommes sont responsables du monde qu’ils construisent et « la dignité de leur existence résulte de la signification qu’ils donnent aux faits fortuits qui les assaillent » (David Ruelle).


Qu’il s’agisse de communication inter-individuelle, ou au sein de petits groupes (famille, équipe de travail), ou dans les communautés locales et nationales, ou même encore au niveau international, nous sommes confrontés à la même exigence si nous voulons construire le mieux possible notre vie d’hommes : organiser la communication pour développer notre conscience réflexive sur ce que nous sommes en train de faire et voulons faire :

·         Comment organiser les échanges pour exprimer et comprendre la diversité des intentions qui nous habitent ?

·         Comment explorer et comprendre les contextes, les enjeux, les points de vue des multiples parties prenantes et ce qui les conditionne ?

·         Comment relier ces finalités et ces points de vue, et prendre en compte les diversités, les dialogiques, les interdépendances et les désirs d’autonomie ?

·         Comment organiser et piloter l’action ?

·         Comment repenser et réorganiser en permanence nos finalités et nos actions pour qu’elles gardent sens ?

 

Ressources associées (illustrations, références ou actes)
Dominique Genelot - Novembre 2011
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